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Jn 6, 51-58
Le métabolisme de la foi apostolique
Par le Père Pierre Abry
Dans le livre du Deutéronome, Moïse exhorte le peuple à faire mémoire de la Pâque, de son Exode, pour pénétrer ainsi le sens profond de son histoire et savoir ce qu’il y a en son cœur : « Il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne, cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue, pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » (Dt 8,3) Ce « pain du ciel » apparu pourtant « à la surface du désert, comme du givre sur le sol », rassasie le corps autant qu’il interroge l’homme en exode. « Les israélites se dirent : ‘man hou’, qu’est-ce que cela ? » (Ex 16, 14-15) Cette manne figure le vrai pain du ciel, le Christ que chante le psaume : « La vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. » (Ps 85, 12) Rassasié et sustenté par la Providence, l’homme devrait ressentir la faim profonde qui le taraude, celle de la Parole qui sort de la bouche du Père, celle du Verbe fait chair.
Chaque dimanche, le peuple chrétien célèbre le mémorial de la Pâque de son Seigneur, ainsi qu’il l’a demandé : « Faites ceci, comme mon mémorial. » Par la liturgie de la Parole, l’assemblée fait mémoire de l’œuvre du Seigneur dans l’histoire, comme dans la vie de chacun. Elle alimente et confesse sa foi au Dieu vivant, présent et agissant ; elle nourrit son espérance ; elle accueille sa présence. Consciente de sa faim et de sa soif profondes, elle l’assouvit et l’étanche en communiant au Christ pleinement présent, Parole du Père qui a pris chair de notre chair, est mort et ressuscité en cette même chair, et se donne réellement dans le sacrement du pain et du vin, dans la puissance de sa résurrection.
Dans l’organisme humain, le métabolisme assure, autour du rôle central du foie, la transformation et l’assimilation des nutriments pour soutenir les fonctions vitales. Dans l’assemblée dominicale, appelée à se métaboliser en Corps ecclésial du Christ par la communion à son Corps et à son Sang, un métabolisme spirituel est à l’œuvre dans la foi. La matière du pain azyme et du vin sont assimilés, mais par eux, les nutriments de la vie divine du Ressuscité vivifient le corps et l’âme. « Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire (…), illuminer les yeux de votre cœur, pour vous faire voir (…) quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant entre les morts. » (Ep 1,17-19) S’il existe bien des expériences spirituelles et spiritualisantes hors du Corps ecclésial, elles ne sont pas le métabolisme de la foi apostolique qui opère dans l’Esprit Saint de la Pentecôte. Dans notre corps et dans le Corps, devenons Celui que nous recevons.
