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Mt 27, 37-44
Les jours de Noé
Par le Père Pierre Abry
Bien sûr, il y aura une fin des temps, qui marquera le retour du Christ en gloire. Mais bien plus probablement, le temps de ma fin adviendra avant, et je serai devant lui. Plus certainement encore, dans l’entre-temps qui nous est donné à vivre, le Seigneur qui nous aime vient à chacun de nous, nous visitant dans les événements quotidiens. Il en sera de toutes ces venues, comme des jours de Noé. Dans l’insouciance la plus totale, « on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. »
L’œuvre de la création avait consisté en un discernement, une séparation par la Parole de la lumière des ténèbres, des eaux du haut de celles du bas, de la terre ferme d’avec les eaux, des espèces selon leurs spécificités, et enfin de l’homme et de la femme. Toute cette diversité du réel, créé dans la complémentarité des différences, devait se conjuguer dans l’harmonie d’une symphonie de la création à la louange du Créateur. Mais la parole est devenue mensonge et tout devient confusion. Désormais toute différence est gommée dans une indifférenciation égalitaire et la négation du réel. Déjà les eaux de notre société devenue liquide montent. Le déluge, submersion par la subversion des idéologies de la déconstruction est une régression au tohu bohu primordial d’une « terre vide et vague, abîme de ténèbres recouvert par les eaux » (Gn 1,1)
Durant le temps de la patience de Dieu, Noé construisait l’arche, jusqu’à la déferlante qui submergea l’humanité entière, passage sous la vague, sens du mot cataclysme. L’arche est signe et lieu de l’Alliance de Dieu avec l’humanité qui brillera dans l’arc-en-ciel. A travers elle, les eaux du déluge accoucheront d’une humanité nouvelle, comme en un baptême. « Puisque toutes ces choses se dissolvent ainsi, quels ne devez-vous pas être par une sainte conduite et par la prière, attendant et hâtant l’avènement du jour de Dieu. » (2P 3,11) Il est désormais vital d’être « éveillé », grand temps de nous « réveiller » de notre assoupissement, l’heure de nous « relever » d’entre les morts, et de travailler à l’édification de l’Arche ecclésiale. Déjà trouvent repaire dans l’Arche, de jeunes générations laissées sans repères par leurs aînés qui ont échoué à vivre et à transmettre. Vierges des vieilles idéologies stériles et mortifères, elles traverseront le déluge. D’autres toujours ricanent, comme aux jours de Noé : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons. » (1 Co 15,32) Embarquement immédiat ! Dernier appel avant fermeture des portes !
